Qui vous connaît mieux : votre famille, vos amis ou Google ?

Qui ne connaît pas Google? Si l’on veut obtenir plus d’informations sur un sujet quelconque ou si l’on a besoin de faire une recherche scientifique en droit, Google est, dans la plupart des cas, le premier moteur de recherche utilisé à ces fins.  Cependant, Google fait aussi sa propre recherche en même temps que ses usagers et il amasse des renseignements sur eux.

« My Activity », la nouvelle création de Google, est un onglet qui se trouve dans Google Dashbord, et que vous pouvez trouver… sur Google. Les utilisateurs d’Android ou ceux d’iPhone qui naviguent sur Internet avec Google Chrome seront certainement surpris par la multitude de détails reliés aux recherches électroniques qu’ils ont effectuées alors conservée1. Cette collecte s’effectue en raison du consentement involontaire d’un nombre considérable de personnes peu érudites technologiquement et juridiquement, ces personnes ne connaissant pas les rudiments juridiques applicables à un tel consentement. Des débats pourraient certainement être soumis à la justice au sujet de la clarté et de l’exhaustivité des informations que les grandes corporations comme Google offrent aux citoyens moyens afin de leur faire comprendre ce qui advient de leurs renseignements personnels, mais chose certaine, cette collecte de données se fait sans grands impédimentas.

D’ailleurs, à la suite de rapports et d’enquêtes, il a été conclu que Google ainsi que les autres compagnies semblables qui amassent des renseignements confidentiels ne peuvent pas les recueillir, les utiliser et les conserver sans le consentement des usagers2. Également, ces entreprises ne doivent pas considérer le consentement donné par un usager à une application comme étant un consentement élargi à la collecte, à l’utilisation et à la communication des renseignements personnels3. Bien sûr, cela ne conclut pas le débat sur cette question puisque les grandes sociétés trouvent toujours de nouveaux moyens pour remettre la question sur le tapis afin de pouvoir continuer à amasser ces données.

Des informations comme la dernière utilisation d’un produit ou la façon dont le produit a été employé ne sont que quelques exemples de données collectées et conservées par Google.

Cela inclut, entre autres, votre dernier courriel lu4, vos images recherchées, vos curiosités personnelles, vos insécurités et vos peurs que vous ne voulez pas nécessairement partager avec vos parents ou vos amis, vos activités sur Google Play, vos sites Internet consultés, vos adresses insérées dans Google Maps ainsi que vos vidéos regardées sur YouTube et celles que vous avez refusées de regarder5.

Vous pouvez même y trouver l’image du téléphone cellulaire que vous possédez.

Certains produits de Google vous donnent également un court sommaire de l’utilisation de vos contacts et de vos applications installées sur votre appareil électronique des 28 derniers jours6. Entre autres, le calendrier de Google est l’un de ces produits qui vous permet de consulter les statistiques au sujet des personnes que vous avez les plus fréquentées pendant cette période7.

Cependant, les pages « My Activity » et « Other Google Activity » ne vous montrent pas la totalité des renseignements confidentiels que Google détient sur vous8. Ces informations sont, en théorie, utilisées par Google pour deux raisons connues du public, soit améliorer les services offerts aux usagers et personnaliser l’expérience de chacun avec les produits Google9.

Google offre aussi la possibilité aux usagers de supprimer leurs informations personnelles accumulées, mais rien, à l’exception de la parole de Google, ne garantit ultimement que ces renseignements seront réellement et complètement détruits. D’ailleurs, les spécialistes du domaine technologique avertissent le public que les informations amassées sur les utilisateurs pourraient être utilisées, notamment, mais non exclusivement, afin de réaliser un portrait virtuel de chaque usager pour ensuite lui envoyer des publicités ciblées en fonction de ses besoins et ses intérêts10. Avez-vous réellement consenti à tout cela ?

Chose étonnante, Google collecte également le numéro de série de votre appareil cellulaire (IMEI), information qui est confidentielle, bien que celle-ci ne serve aucun des objectifs divulgués et concerne habituellement  la collecte de données de type « commerciale ».

Manifestement, le fait que Google connaisse le numéro d’identification unique de votre appareil cellulaire, qui équivaut à votre code-barres personnel, n’améliore pas leurs services offerts et n’aide aucunement leurs usagers. Ce fait crée plutôt une vulnérabilité supplémentaire en donnant la possibilité aux pirates informatiques d’avoir accès à votre numéro d’IMEI à partir de la banque de données de Google. La collecte d’une telle information sert-elle alors plutôt des objectifs de surveillance de la population visés par les révélations d’Edward Snowden ?

Si en 2016, le géant Google amasse des renseignements confidentiels sur l’ensemble de ses usagers, avec ou sans leur consentement, pour ensuite pouvoir en faire usage de façon occulte, à quoi peut-on s’attendre en 2030, en 2050 ou en 2070 ? Allons-nous tout droit vers une société de type Minority Report ?


  1. Derek WALTER, « How to find out everything Google knows about you in the new My Activity dashboard », Greenbot.com, en ligne : <http://www.greenbot.com/article/3093356/android/how-to-find-out-everything-google-knows-about-you-in-the-new-my-activity-dashboard.html> (consulté le 12 juillet 2016).
  2. Enquête sur les pratiques de traitement des renseignements personnels de Ganz Inc., 2014 CanLII 90232 (CVPC); Plaintes contre Globe24h.com, 2015 CanLII 33260 (CVPC).
  3. Le fait qu’un utilisateur accorde des « autorisations » à une application ne signifie pas, en soi, qu’il consent à la collecte, à l’utilisation et à la communication de renseignements personnels – Nous encourageons Google à donner plus de précisions aux utilisateurs pour éviter toute interprétation erronée, 2014 CanLII 77274 (CVPC)
  4. GOOGLE, « View your data and account activity in the Google Dashboard », Support.google.com, en ligne : <https://support.google.com/accounts/answer/162744?hl=en> (consulté le 12 juillet 2016).
  5. TRUSTED REVIEWS, « What is Google’s My Activity page? See everything Google knows about you », Trustedreviews.com, en ligne <http://www.trustedreviews.com/news/what-is-google-s-my-activity-page-how-to-see-everything-google-knows-about-you> (consulté le 13 juillet 2016).
  6. Sarah JACOBSSON PUREWAL, « Everything you need to know about Google’s My Activity page, Yes, Google does know everything about you », Cnet.com, en ligne : <http://www.cnet.com/how-to/everything-you-need-to-know-about-googles-my-activity-page> (consulté le 13 juillet 2016).
  7. GOOGLE, préc., note 3.
  8. S. JACOBSSON PUREWAL, préc., note 6.
  9. Id.
  10. NEWS, « Here’s how to make Google forget your most embarrassing online moments », News.com, en ligne : <http://www.news.com.au/technology/online/heres-how-to-make-google-forget-your-most-embarrassing-online-moments/news-story/9254810e90a5adf96933798c2ec42c1f> (consulté le 12 juillet 2016).

Source photographie : http://freaksense.com/wp-content/uploads/2014/09/google-knows.jpg


Ce billet a été écrit par Alexandra Captariu