Le peuple grec appuie son premier ministre

Justine Gravel

L’austérité signifie diminuer les dépenses publiques dans le but de réduire la dette qui pèse sur la nation. Cette mesure, adoptée par le premier ministre Couillard au Québec, n’a pas été privilégiée par le premier ministre grec, Alexis Tsirpas, au pouvoir depuis février 2015, bien que les deux situations nationales ne soient pas similaires. En effet, les difficultés économiques connues par la Grèce depuis quelques années déjà surpassent largement celles que connaît le Québec présentement. Or, le premier ministre grec ne considère pas les mesures austères comme une manière de pouvoir pallier les problèmes financiers. L’Union européenne est d’avis contraire et propose de soutenir financièrement le gouvernement grec à la condition que ce dernier implante certaines mesures, telles que la diminution des dépenses publiques1. Constatant que les négociations ne déboucheraient sur aucun consensus, considérant les opinions des deux partis aux antipodes, le premier ministre grec a lancé la tenue d’un référendum afin de solliciter la population et de connaître son opinion sur le sujet. La question posée : Le plan d’accord soumis par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international lors de la réunion de l’Eurogroupe du 25 juin 2012, qui comprend deux parties et constitue leur proposition commune, doit-il être accepté? Le premier document est intitulé « Réformes pour l’achèvement du programme actuel et au-delà » et le second « Analyse préliminaire de la soutenabilité de la dette ».2

Non seulement la tenue du référendum pose problème quant à sa constitutionnalité en raison du court délai octroyé à la population pour se forger une opinion sur la situation, mais la question posée ne semble pas tout à fait adaptée à monsieur et madame tout le monde, de par le vocabulaire soutenu employé et les nombreux chiffres présentés dans les deux documents. En effet, le citoyen ordinaire n’est peut-être pas réellement en mesure de comprendre l’ampleur de la question en lisant les deux documents de son propre chef3. Malgré cette problématique soulevée par le Conseil de l’Europe, le Conseil d’État grec, sous la présidence du juge Nikolaos Sakellariou, a rejeté la requête en contestation de la légalité du référendum déposée par deux particuliers, donnant ainsi le feu vert à Tsirpas pour le tenir le 5 juillet 20154.

Effectivement, le 5 juillet marquait un jour historique pour les Grecs. C’est ce dimanche que le peuple grec a fait connaître sa position relativement à la situation précaire que le pays connaît présentement. Certains ont voté « OUI », car, pour eux, voter contre signifiait se dissocier de l’Union européenne, ce qu’ils ne souhaitaient pas. D’autres ont plutôt penché vers le « NON », clamant ainsi leur espoir que de nouvelles négociations avec l’UE débouchent sur une meilleure solution. Bref, les résultats du vote furent moins serrés que ce que l’on appréhendait et le « NON » l’emporta avec 61,3 % des votes contre 38,7 %5. Toutefois, il ne faut pas conclure que ce résultat traduit l’intention des Grecs de se séparer de l’Union européenne. En effet, la majorité des partisans du « NON » affirme ne pas vouloir se séparer, mais plutôt croire en la possibilité de conclure un accord plus souhaitable pour l’avenir du pays.

Le peuple grec a pris une décision que l’on pourrait qualifier de courageuse, et, de mon avis, plutôt risquée. Toutefois, c’est leur souhait et, à la plus grande satisfaction du gouvernement grec, il faut le respecter puisque malgré les contestations faites à l’égard du référendum, il a été reconnu valide en toute légalité. Pour le moment, le pays se trouve dans le néant, dépourvu de solutions pour régler son économie défaillante, avec seulement l’espoir d’un temps meilleur. La gauche radicale a gagné son pari et les prochains jours seront déterminants pour l’avenir de ce pays. Cette bataille, qui aurait pu se régler par le référendum, ne fait malheureusement que commencer.

Sources:

1-    LE MONDE, «La situation économique de la Grèce s’est dégradée
», en ligne: <http://www.lemonde.fr/crise-de-l-euro/article/2015/05/05/la-situation-economique-de-la-grece-s-est-degradee_4628051_1656955.html > (page consultée le 6 juillet 2015).

2-    Moina FAUCHIER-DELAVIGNE, «Pourquoi ? Qui appelle à voter quoi ? Les enjeux du référendum en Grèce», en ligne: <http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/07/03/6-questions-sur-le-referendum-en-grece_4669390_3234.html#26E0yq70fr3bycEG.99  > (page consultée le 6 juillet 2015).

3-    LE MONDE, «En Grèce, le référendum est jugé constitutionnel », en ligne: <http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/07/03/en-grece-le-referendum-est-juge-constitutionnel_4669512_3214.html> (page consultée le 6 juillet 2015).

4-    SPUTNIK, «Grèce: le Conseil d’Etat reconnaît la légalité du référendum », en ligne: <http://fr.sputniknews.com/international/20150703/1016842164.html> (page consultée le 6 juillet 2015).

5-    Frédéric LEMAÎTRE, «Grèce : le non au référendum, une défaite pour Angela Merkel», en ligne: <http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/07/05/le-non-des-grecs-au-referendum-une-defaite-pour-angela-merkel_4671571_3214.html> (page consultée le 5 juillet 2015).

 

Source de la photographie: http://www.huffingtonpost.fr/2015/07/06/referendum-grec-non-oui-fmi-bce-tsipras-varoufakis_n_7730880.html


Ce billet a été écrit par L'Obiter