La libération des prisonniers d’opinion, demandée par l’ONU au Venezuela

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En octobre dernier, l’Organisation des Nations unies s’est de nouveau prononcée concernant la détention de M. Leopoldo Lopez, soit le chef de l’opposition vénézuélienne, et celle de plus de 69 autres personnes arrêtées lors des protestations se déroulant depuis le mois de février 2014, au sein même de l’État vénézuélien . Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme (M. Zeid Ra’ad Al Hussein) a ainsi souligné les préoccupations grandissantes de la communauté internationale au sujet de « la détention prolongée et arbitraire des opposants politiques et des manifestants au Venezuela » .
Le 4 février dernier, la série de manifestations fut provoquée par la tentative de viol d’une étudiante. Ses collègues de San Cristobal del Tachira lui démontrèrent ainsi leur appui, protestant contre l’insécurité sur le campus universitaire. À ces revendications manifestées, les autorités réagirent fortement, la réprimant violemment . Cela mena à l’arrestation de plusieurs étudiants, « accusés de désordre public » .
Le mouvement de protestation généré par les étudiants incita d’autres Vénézuéliens à prendre part à la mobilisation :
« Le mouvement a ensuite essaimé dans d’autres villes et notamment dans la capitale Caracas, intégrant les revendications d’une partie croissante de la population concernant l’insécurité, la vie chère dans un contexte de forte inflation […] et les pénuries récurrentes frappant les denrées alimentaires ou les produits de consommation courante » .

De ces manifestations résulta rapidement une suite d’événements aux conséquences importantes, notamment l’attaque du siège du gouvernement de l’État de Tachira (le 6 février 2014). Il y eut par ailleurs, lors d’une protestation à Caracas tenue six jours plus tard, « des violences entre des groupes d’étudiants et des jeunes arborant les couleurs du gouvernement [faisant] trois morts, tués par balles, et plus de soixante blessés » . Les arrestations et incessantes violences renchérirent la colère des manifestants. Ces derniers (étudiants, journalistes, membres d’organisation de presse et autres indignés) continuèrent leur lutte pour la libération des prisonniers d’opinion et autres revendications d’ordre politique.

Évoluant au fil de la répression grandissante exercée par les autorités étatiques (sous le président Maduro), le mouvement connut conséquemment une radicalisation, se caractérisant par la réclamation, non seulement de la libération des détenus, mais aussi de la démission de Maduro ainsi que de son cabinet . Voilà une initiative grandement encouragée entre autres par le politicien d’opposition, Leopoldo Lopez. Représentant du groupe désigné sous le nom de La movida parlamentaria, il sollicita les manifestants à poursuivre leur implication au sein du mouvement jusqu’à la renonciation de Maduro à son titre de président.

« […] Lopez, la députée Maria Corina Machado et le maire de Caracas, Antonio Ledezma, ont également appelé leurs partisans à manifester par l’entremise des réseaux sociaux pour exiger que le gouvernement trouve une solution à la crise sociale » .

Au cours de ces mouvements d’expression de l’indignation de tout un peuple, Leonardo Lopez fut « accusé d’homicide pour la mort de trois personnes le 12 février au soir » . Le 18 février, Lopez se livra à la police, bien que proclamant son innocence et « insista[nt] sur le caractère pacifique des manifestations » . En réponse aux contestations provoquées par la détention de Lopez, le gouvernement de Maduro ne déclara pas pour autant trêve des détentions arbitraires et tortures des manifestants (bien que l’ONU ait régulièrement exhorté « les autorités vénézuéliennes à ouvrir sans délai des enquêtes sur les allégations [de torture et de brutalité contre les détenus] et à veiller à ce que les coupables soient traduits en justice » ). D’ailleurs, le président soutint qu’ « un courant nazifasciste est en train de naître […], qui veut amener le pays à la violence et au chaos » .

Nombreux sont les organismes s’étant penchés, dès les premiers remous, sur la situation des détenus. Amnistie Internationale et Human Rights Watch , ainsi que des organisations respectées des droits de l’homme à Caracas, ont depuis publié de multiples rapports au sujet de la violation des droits humains prenant cours dans ce contexte, menaçant l’état de droit. Effectivement, les publications dressent un portrait alarmant du conflit, détaillant les « violations de la régularité des procédures et […] la situation des jeunes en détention » , relevant par ailleurs le « manque d’information sur les allées et venues des personnes détenues ainsi que le manque d’accès pour les avocats et les familles » .

Par l’entremise de ces comptes-rendus a aussi été dénoncé, entre autres choses, le fait que « les forces de sécurité du pays recourent à une force excessive, notamment en tirant à balles réelles, et même à la torture contre les manifestants » . Plus précisément au niveau des chiffres, le Bureau des droits de l’homme de l’ONU partage des faits des plus révélateurs : « […] plus de 3 300 personnes, dont des mineurs, ont été détenues pendant de courtes périodes entre février et juin, et plus de 150 personnes auraient subi des mauvais traitements, dont la torture » . Les autorités gouvernementales vénézuéliennes ont ainsi agi malgré les exhortations exprimées par l’ONU : cette dernière, dès le début des abus de droit, a maintes fois incité le Venezuela au respect des « droits à manifester et à se rassembler de manière pacifique » .

Le gouvernement de Maduro « tente d’attribuer les violences aux opposants sans apporter de preuves crédibles de leur responsabilité pénale » . La réalité propre aux détentions arbitraires préoccupe plus d’un expert : déjà en mars dernier, nombre d’experts s’y attardèrent à Genève, soit le Rapporteur spécial de l’ONU sur la promotion et la protection de la liberté d’opinion et d’expression (Frank La Rue), le Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit de réunion pacifique et d’association (Maina Kiai), le Rapporteur spécial de l’ONU sur la torture (Juan Méndez), le Président-Rapporteur du groupe de travail sur la détention arbitraire (Mads Andenas), et le Rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des défenseurs des droits de l’homme (Margaret Sekaggya). Ces acteurs d’influence internationale formulèrent une demande officielle au Venezuela, c’est-à-dire celle de « mener en urgence une enquête sur les violences contre les manifestants et journalistes » . Par ailleurs, ils appelèrent Caracas à libérer les individus en détention injustifiée, déplorant, par le fait même, certaines détentions secrètes et la privation d’aide juridique dont font état les rapports d’organismes fiables.

Dans cette optique, il est à souligner que les difficultés vécues par la presse au sein de l’État vénézuélien sont d’envergure : la liberté de la presse y est fortement réprimée. D’ailleurs, voilà un aspect sur lequel mit l’accent Human Rights Watch en mai 2014, lorsque cet organisme publia justement un rapport par l’entremise duquel il accusa le Venezuela de violations systématiques des droits de l’homme . Y fut conséquemment présenté l’ensemble des agissements du gouvernement vénézuélien qui démontrent clairement un abus de pouvoir, exercé afin de veiller à la censure, renforçant donc l’interdiction à l’expression de toute critique à l’égard du gouvernement au pouvoir. De plus, HRW indiqua que, pendant les manifestations au dénouement violent, notables furent « les attaques contre des personnes porteuses d’appareils photo ou de caméras, professionnels ou amateurs, qui étaient en train d’enregistrer le comportement des policiers » . Les chiffres sont assez évocateurs : au mois de mai dernier, on dénombrait « près de 200 agressions contre des professionnels de la presse depuis le début du mois de février » .

L’organisme non gouvernemental HRW recommanda également au gouvernement vénézuélien de reconnaître à nouveau la compétence de la Cour comme de la Commission interaméricaine des droits de l’homme : en 2013, toujours sous l’autorité du président Maduro, le Venezuela s’était retiré de ce système . Cette Cour est « habilitée à arbitrer et émettre des jugements contre les États reconnaissant sa compétence, par exemple si les recommandations de la Commission n’ont pas été suivies » .

Il y a quelques mois, l’avocate des droits de l’homme Delphine Patétif partageait avec la presse son estimation selon laquelle le « président Maduro s’est embarqué dans une spirale répressive infernale », ajoutant qu’au « Venezuela, la violence d’État est devenue la norme » . C’est dans ce contexte actuel que le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme appela « les autorités vénézuéliennes […] à libérer immédiatement M. Lopez et M. Ceballos ainsi que toutes les personnes détenues pour avoir exercé leur droit légitime de s’exprimer et de manifester de façon pacifique » . De plus, on mit l’emphase sur la nécessité pour les autorités concernées de veiller au respect des normes internationales au niveau des procédures judiciaires entreprises.
Ainsi, l’attention de la communauté internationale est actuellement portée sur les tensions et violences dont fut synonyme le Venezuela, lors des derniers mois. Il est à espérer que cela aura pour impact plus concret la cessation éventuelle et, espérons-le, prochaine, des menaces et sévices dirigés contre les défenseurs des droits humains au Venezuela.

Kayla Brinda
Bénévole d’Avocats sans frontières, Université de Sherbrooke


Ce billet a été écrit par Kayla Brinda