Les animaux et les antibiotiques sans prescription

Alors qu’une personne doit se rendre à la clinique et recevoir une prescription afin d’obtenir des antibiotiques, les éleveurs d’animaux, eux, peuvent acheter plusieurs antibiotiques sans la moindre consultation d’un vétérinaire.

Les animaux consomment plus de 80% des antibiotiques au Canada1. Il est néanmoins difficile de garder la trace exacte de cette consommation, car l’utilisation d’antibiotiques reste peu documentée à travers le pays.

Seules les provinces du Québec et de Terre-Neuve obligent les éleveurs à avoir des prescriptions pour obtenir des antibiotiques pour leurs animaux2.

En effet, la législation fédérale actuelle permet la vente de plusieurs antibiotiques essentiels au traitement d’infections bactériennes humaines. Parmi ces antibiotiques, on retrouve des dérivés de la Pénicilline et de la Tylosine, des antibiotiques considérés comme importants pour l’homme3.

Tous les antibiotiques doivent être homologués avant d’être vendus au Canada4. Une fois homologués, ceux-ci font partie de la Liste des aliments et drogues qui découle de l’application de la Loi sur les aliments et drogues5. Cette liste énonce tous les antibiotiques devant être prescrits par une ordonnance d’un vétérinaire pour pouvoir être utilisés par les animaux.

On pourrait donc imaginer que selon cette législation fédérale, tous les antibiotiques doivent être prescrits. Ce n’est cependant pas le cas puisque certains antibiotiques se retrouvent au Recueil de notices sur les substances médiatrices (RNSM) tenu par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA)6. Ce recueil indique les antibiotiques que les éleveurs peuvent se procurer sans prescription ou sans conseil d’un vétérinaire. Pour se faire, l’éleveur n’a qu’à se présenter à un comptoir de vente que l’on retrouve généralement dans les cliniques vétérinaires. Cependant, la concentration des antibiotiques reste contrôlée. En effet, l’ACIA impose des limites maximales de concentration et indique les méthodes d’application des substances retrouvées dans le RNSM. Bien que la concentration demeure contrôlée, l’éleveur n’est pas restreint dans la quantité d’antibiotiques qu’il peut acheter.

Plusieurs antibiotiques du RNSM sont utilisés par les éleveurs comme facteur de croissance. Ceux-ci viennent éliminer les bactéries présentes dans le système digestif et permettre ainsi une plus grande absorption des nutriments par l’animal7. Leur efficacité reste cependant incertaine8.

Santé Canada est venue resserrer ses règles en matière d’étiquetage pour s’assurer que les fabricants de facteurs de croissance soient en mesure de prouver les effets allégués9. En Europe, l’utilisation des antibiotiques comme facteurs de croissance est interdite depuis 200610.

Le manque de prudence du gouvernement fédéral en matière d’utilisation d’antibiotiques démontre à quel point les gens ont oublié l’importance des antibiotiques. Ceux-ci permettent d’éliminer avec facilité et rapidité les bactéries pathogènes venant infecter notre corps. Par contre, par une utilisation abusive et non encadrée, certaines bactéries développent une résistance aux antibiotiques, qui deviennent par la suite inefficaces11. Malheureusement, très peu de nouveaux antibiotiques sont créés12.

On remarque donc un développement fréquent de bactéries résistantes pouvant causer de lourds dommages aux humains, comme ce fut le cas à Montréal, où une bactérie résistante a causé plus de 24 décès13.

Devant ce phénomène de résistance bactérienne, il devient de plus en plus important d’encadrer suffisamment l’utilisation d’antibiotiques pour ne pas perdre l’arme la plus efficace que nous possédons contre nos vieux ennemis que sont les bactéries pathogènes.


Sources:

1 PICRA, Résumé du rapport annuel 2014, Ottawa, Agence de la santé publique du Canada, 2014, en ligne : < http://www.phac-aspc.gc.ca/cipars-picra/2014/annu-report-rapport-fra.php >.

2 André DALENCOUR, « L’usage d’antibiotiques pour animaux reste peu documenté », (2013) Radio Canada, en ligne : <http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/608378/usages-antibiotiques-animaux-provinces-resistance >.

3 Pierre CHEVALIER, L’usage des substances antimicrobiennes en production animale : position des experts et des gouvernements,  Québec, Institue nationale de la santé publique du Québec, 2012, p. 9, en ligne : <https://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/1540_UsageSubst AntimicrobProdAnimale_PosiExpertsGouv.pdf>.

4 Règlement sur les Aliment et Drogues, C.R.C., c. 870, art. C.01.003, C.01.014.

5 Loi sur les Aliments et Drogues, L.R.C. 1985, ch. F-27; SANTÉ CANADA, Liste des drogues sur ordonnance, Ottawa, 2017, en ligne : <http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/prodpharma/pdl-ord/pdl_list_fin_ord-fra.php#a2 >.

6 Agence canadienne d’inspection des aliments, Recueil des notices sur les substance médiatrices, Ottawa, Gouvernement du Canada, 2017, en ligne : < http://www.inspection. gc.ca/animaux/aliments-du-betail/substances-medicatrices/fra/1300212600464/1320602461227>.

7 P. CHEVALIER, préc. note 3, p. 10.

8 Peter COLLIGNON, « Antibiotic growth-promoters », (2004) 54-1 Journal of antimicrobial chemotherapy 272.

9 Marie ALLARD, « Coup de frein sur les antibiotiques », La Presse, en ligne : < http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201305/03/01-4647145-coup-de-frein-sur-les-antibiotiques.php >.

10 COMMISSION EUROPÉENNE, Interdiction des antibiotiques comme facteurs de croissance dans les aliments pour animaux, Bruxelles, 2005, en ligne : < http://europa.eu/rapid/press-release_IP-05-1687_fr.htm?locale=fr>.

11 WORLD HEALTH ORGANIZATION, « Antibiotic Resistance », en ligne : <http://www.who.int/mediacentre/factsheets/antibiotic-resistance/en/ >.

12 Marie ARCHAMBAULT, Les antibiotiques : état de situation au Québec et ailleurs…, Québec, Université de Laval, 2016, p. 12.

13 Denis LESSARD, « Des superbactéries se propagent dans les hôpitaux », La Presse, en ligne : <http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201702/07/01-5067331-des-superbacteries-se-propagent-dans-les-hopitaux.php>.

 

Source image: https://foodsecurecanada.org/fr/ressources-et-nouvelles/nouvelles-et-medias/nous-devons-reduire-lutilisation-des-antibiotiques

 


Ce billet a été écrit par Sylvain Besombes