Le notariat : une voie à découvrir

Me Karine Comtois-Gobeil est titulaire d’un baccalauréat en droit de l’Université de Sherbrooke. Comme plusieurs étudiants de sa cohorte, elle s’est ensuite dirigée vers l’École du Barreau. Après avoir pratiqué six ans en tant qu’avocate, elle a décidé de faire le saut au notariat. Présentement notaire chez Hardy Goyette & Associés, Me Comtois-Gobeil se spécialise surtout en droit immobilier. Nous l’avons rencontrée pour en connaître davantage sur son parcours professionnel ainsi que sur la pratique notariale.

Questions et réponses

Q : Qu’est-ce qui différencie principalement l’avocat du notaire?

R : Théoriquement, les avocats et les notaires peuvent accomplir les mêmes tâches, puisqu’ils sont tous deux des conseillers juridiques. On remarque que ces deux professionnels sont de plus en plus appelés à travailler en collaboration; c’est le cas, entre autres, dans les dossiers de droit des sociétés et de droit commercial. À la différence des avocats, les notaires ne peuvent intervenir dans les dossiers litigieux. Néanmoins, ils peuvent représenter leurs clients devant les tribunaux dans les matières non contentieuses, c’est-à-dire ne faisant pas l’objet de poursuites, comme l’homologation de mandats. Les notaires sont des officiers publics reconnus par l’État, ce qui les différencie intrinsèquement des avocats. Ils peuvent ainsi rédiger des actes notariés, lesquels font preuve de leur contenu à l’égard de tous en raison de leur caractère authentique.

Q : Pourquoi être passée de la profession d’avocat à celle de notaire?

R : Cela est principalement en raison de ma personnalité. On est fait ou non pour être avocat ou notaire. Pour être avocat, il faut foncièrement aimer prouver son point, et ce, de façon constante, surtout dans le domaine du litige. Il faut également composer avec des situations imprévues et subites. Pour ma part, je n’aimais pas les conflits, lesquels teintaient quotidiennement ma pratique en droit matrimonial et civil. Dans les situations litigieuses, l’avocat doit nécessairement prendre parti. Le notariat revêt un côté impartial, consensuel et préventif qui me convient davantage. Être notaire, c’est aussi participer à la réalisation de projets des clients.

Lorsque j’ai effectué mon baccalauréat, le notariat n’était pas « à la mode ». On était une centaine dans ma cohorte et seulement quatre ou cinq étudiants avaient choisi de faire la maîtrise en droit notarial. Je pense que plusieurs percevaient la profession de notaire comme étant un travail administratif, visant les gens plus timides. Pourtant, ce n’est pas le cas. Il y avait aussi beaucoup de rumeurs selon lesquelles la profession allait disparaître. Toutefois, on constate aujourd’hui que de plus en plus d’étudiants se dirigent vers le notariat.

Q : Quels sont les enjeux d’un grand bureau comparativement à ceux d’un petit bureau?

R : J’ai réalisé mon stage avec un professeur de l’Université de Sherbrooke dans un petit bureau. Nous étions seulement deux, ce qui correspond généralement à la taille de la plupart des bureaux de notaire. Actuellement, chez Hardy Goyette & Associés, nous sommes sept notaires. Cela permet ainsi d’avoir plusieurs spécialisations au sein du même bureau et de se compléter en cas de besoin. J’apprécie le fait d’avoir du soutien, entre autres pour l’administration et la comptabilité, puisque je peux me concentrer davantage sur l’aspect juridique. L’idéal pour moi est donc de travailler dans un grand bureau, mais cela reste propre à chacun.

Q : Quels sont les défis de la profession?

R : Selon moi, l’un des défis principaux est d’être à l’affût de l’évolution du droit. En effet, le notaire ne plaide pas de causes et il entreprend moins de recherches qu’un avocat peut le faire. C’est donc dangereux de perdre le fil quant aux nouvelles dispositions législatives ou réglementaires et quant aux nouveaux points de droit soulevés dans la jurisprudence. Cela exige un effort constant du notaire pour s’assurer d’être à jour au niveau du droit : il ne peut se contenter de toujours réécrire la même clause. Il faut aussi « être plus catholique que le pape » : la rédaction juridique laissant place à l’interprétation, le notaire doit s’assurer d’être méticuleux dans tout ce qu’il fait.

Q : Quelles sont les perspectives d’avenir pour les futurs notaires?

R : On voit que la pratique traditionnelle se transforme peu à peu. En effet, on remarque une augmentation du nombre de bureaux multidisciplinaires, regroupant des avocats, des notaires et des comptables.

Q : Est-ce que l’université vous a bien préparée à la pratique?

R : Il est certain que la formation offerte au baccalauréat à l’Université de Sherbrooke permet aux étudiants d’acquérir un important bagage de connaissances juridiques. La faculté offre aussi l’opportunité de mettre ces apprentissages en pratique, par le biais de concours de plaidoiries ou encore d’activités cliniques. Il reste tout de même beaucoup à apprendre pour un étudiant qui fait ses débuts dans le monde professionnel. Mon cas est peut-être plus particulier, car j’avais déjà de l’expérience dans le domaine du droit, ayant complété le Barreau et pratiqué plusieurs années en tant qu’avocate. J’avais également entrepris ma vie d’adulte : je possédais une maison, je payais un prêt hypothécaire et des taxes. La théorie apprise au baccalauréat n’était plus vraiment abstraite pour moi.

Q : Que diriez-vous à un étudiant qui hésite entre le Barreau et la maîtrise en droit notarial?

R : Je crois vraiment que c’est une question de personnalité. Si votre rêve est de plaider, le choix est simple. Autrement, les deux domaines offrent de très belles opportunités pour les jeunes juristes.


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Ce billet a été écrit par Camille Brie-Gagnon