L’Allemagne, l’Eldorado des réfugiés

Depuis le Printemps arabe de 2011, la situation dans certains pays est encore très instable et précaire. C’est notamment le cas de la Syrie, qui est aux prises avec une guerre civile : ce sont près de 4 millions de Syriens qui ont fui leur pays en seulement 4 ans 1.

Ces réfugiés tentent de trouver un monde meilleur, mais, bien souvent, la souffrance et les embûches parsèment leur périple. En effet, depuis quelques mois, on ne cesse d’entendre des histoires plus désolantes les unes que les autres concernant les milliers de réfugiés qui ont perdu la vie pendant leur traversée de la Méditerranée vers l’Europe. Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, ce sont 1776 réfugiés qui ont été portés disparus en mer depuis le 1er janvier 2015 2.

Cette situation a causé plusieurs frictions au sein de l’Union européenne, particulièrement au niveau de la gestion des réfugiés par les États membres. Une petite chronologie s’impose. D’abord, le Président du Conseil européen a dû convoquer un sommet extraordinaire qui s’est réuni le 23 avril dernier. À la suite de cette réunion, plusieurs engagements ont été pris de la part des États membres3, mais il a fallu patienter jusqu’au 13 mai avant que la Commission européenne ne prépare un plan d’action incluant une répartition des réfugiés4. Finalement, le 26 juin 2015, tout est tombé à l’eau, puisque la Commission a abandonné l’idée de quota et a plutôt décidé d’y aller sur la base du volontariat5.

Dans ce tumulte, certains, comme la Hongrie, ont décidé de complètement fermer leurs frontières, mais l’Allemagne, elle, a décidé d’ouvrir ses portes, et ce, au grand bonheur des réfugiés. En effet, il semble y avoir une certaine aura autour de l’Allemagne qui la fait passer pour une terre promise, un monde idéal. Quelques pistes semblent expliquer cet engouement.

Ensuite, selon l’Accord de Dublin, l’État membre dans lequel un réfugié a mis les pieds en premier est responsable de la demande d’asile7. Donc, toujours selon ce règlement, si un réfugié se dirige ensuite dans un autre pays, il devrait être renvoyé dans le pays par lequel il est entré dans l’Union européenne. Néanmoins, depuis la fin du mois d’août, l’Allemagne a choisi de déroger à cette règle en raison de la situation particulière8. Elle a effectivement décidé de soutenir les pays situés sur les frontières extérieures de l’Europe et de ne pas renvoyer les réfugiés dans les états frontaliers. Encore une fois, cela a soulevé un vent de reconnaissance de la part des réfugiés qui, après avoir fait tant de chemin vers leur terre d’asile, sont très heureux de ne pas avoir à tout recommencer.

Enfin, l’Allemagne est perçue par les réfugiés comme un pays qui possède une bonne santé économique. Cela se traduit, entre autres, par le fait que le chômage soit à environ 5%9. Ainsi, il est possible de comprendre que les réfugiés croient avoir une plus grande facilité à trouver de petits boulots que dans d’autres pays où le taux de chômage est plus élevé et la situation économique plus précaire, dont un bon exemple est la Grèce10.

Il est possible de constater que cet engouement pour l’Allemagne est en partie créé par ses propres actions et décisions concrètes concernant l’immigration massive, mais la question qui subsiste est de savoir pourquoi. Pour quelles raisons l’Allemagne s’est-elle montrée si généreuse et si ouverte à l’arrivée des migrants?

À suivre dans le prochain article!

Sources:

Radio-Canada, « Le drame des réfugiés syriens en 11 graphiques clés», ICI Radio-Canada, <en ligne> : [http://ici.radio-canada.ca/sujet/crise-migrants-europe/2015/09/03/003-crise-migrants-refugies-syrie-canada-data-donnees-graphiques.shtml] (consulté le 20 septembre 2015).

2 Camille BORDENET, «Méditerranée : chiffres et carte pour comprendre la tragédie», Le Monde, <en ligne> : [http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/04/20/en-2015-un-migrant-meurt-toutes-les-deux-heures-en-moyenne-en-mediterranee_4619379_4355770.html] (consulté le 20 septembre 2015).

3 Conseil européen, «Réunion extraordinaire du Conseil européen (23 avril 2015) – déclaration», <en ligne> : [http://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2015/04/23-special-euco-statement/](consulté le 20 septembre 2015).

4 Alexandre BOUDET, «Quotas de réfugiés en Europe: la solution qui fâche (et que le Royaume-Uni a le droit de refuser)», Hunffington post, <en ligne> : [http://www.huffingtonpost.fr/2015/05/13/quotas-refugies-europe-solution-qui-fache-royaume-uni-peut-refuser_n_7266868.html] (consulté le 20 septembre 2015).

5 Le monde.fr, «Répartition des réfugiés : l’UE abandonne l’idée de quotas obligatoires», Le Monde, <en ligne> : [http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/06/26/repartition-des-migrants-en-europe-le-coup-de-colere-de-matteo-renzi_4662243_3214.html] (consulté le 20 septembre 2015).

6 Elise DELEVE, «Europe : cinq pays absorbent la quasi-totalité des demandeurs d’asile ?», France Info, <en ligne> : [http://www.franceinfo.fr/emission/le-vrai-du-faux/2014-2015/europe-cinq-pays-absorbent-la-quasi-totalite-des-demandeurs-d-asile-16-06-2015-07-30] (consulté le 20 septembre 2015).

7 Ministère de l’intérieur, «Règlement Dublin», <en ligne> :[http://www.immigration.interieur.gouv.fr/Asile/Europe-et-asile/Le-reglement-Dublin] (consulté le 20 septembre 2015).

8 Le monde. Fr, «L’Allemagne suspend le renvoi des réfugiés syriens vers leur pays d’entrée dans l’UE»,Le Monde, <en ligne> :  [http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/08/25/l-allemagne-suspend-le-renvoi-des-refugies-syriens-vers-leur-pays-d-entree-dans-l-union-europeenne_4736347_3214.html](consulté le 20 septembre 2015).

9 Statistiques mondiales, «Taux de chômage dans l’Union européenne», <en ligne> :[http://www.statistiques-mondiales.com/ue_chomage.htm] (consulté le 20 septembre 2015).

10 Camille CALDINI, «Non, les migrants ne veulent pas tous rejoindre la France», <en ligne> :[http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/non-les-migrants-ne-veulent-pas-tous-rejoindre-la-france_1077749.html] (consulté le 20 septembre 2015).

Source de la photographie: http://www.lesechos.fr/medias/2015/09/07/1153129_faut-il-parler-de-crise-des-migrants-ou-des-refugies-web-tete-021308543844.jpg


Ce billet a été écrit par Marie-Eve Laramée