La faim : une arme de destruction massive

La faim : un enjeu d’actualité 

En 2017, on estime à 800 millions le nombre de personnes qui souffrent de la faim1. Il s’agit d’un problème qui touche environ 11 % de la population mondiale, essentiellement dans les pays en développement et en crise2. Plus particulièrement, le Soudan du Sud, la Somalie, le Yémen, le Kenya et le Nigeria font actuellement face à une très grave crise humanitaire en raison de la famine importante qui y sévit.

En effet, dans ces pays uniquement, on estime que plus de 20 millions de personnes font face à une grave pénurie de nourriture3.

Au Soudan du Sud, tout particulièrement, une grave guerre civile a éclaté et perdure depuis 2013 à la suite de l’obtention de l’indépendance du Soudan en 2011, celle-ci ayant engendré une lutte pour le pouvoir entre le président, Salva Kiir, et le vice-président, Reik Machar4. Depuis ses débuts, cette guerre a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et a provoqué le déplacement de plus de 2,5 millions de personnes. Outre les atrocités « classiques » qui surviennent en temps de guerre, on constate aussi que les deux groupes qui s’opposent essaient de s’affamer mutuellement : on met feu aux champs, on abat le bétail, on détruit la machinerie et les outils agricoles, on bloque l’accès aux travailleurs humanitaires et dans les pires cas, on va même jusqu’à les tuer5. Il devient donc extrêmement difficile, voire impossible, d’acheminer la nourriture aux civils. La situation est complexe, mais le résultat est simple : les Sud-Soudanais meurent de faim.

Le droit international protège contre la faim… en théorie

Le Soudan du Sud, après son indépendance, est devenu l’un des États membres des Nations Unies6. Il n’a toutefois pas ratifié le Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels7, un outil contraignant émanant des Nations Unies et visant à mettre en œuvre les mesures nécessaires au plein exercice des droits qui y sont contenus. Dans le Pacte8, on reconnaît le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant et on mentionne explicitement que cela comprend le droit à une nourriture suffisante9 et le droit d’être à l’abri de la faim10. Par ailleurs, l’article 25(1) de la Déclaration universelle des droits de l’Homme11, elle aussi émanant des Nations Unies, établit également l’importance du droit à une suffisance alimentaire.

Ainsi, la communauté internationale s’entend pour dire que le droit à la sécurité alimentaire fait partie des droits fondamentaux et que chaque individu devrait avoir un accès convenable à de la nourriture.

En 1996, à la suite du Sommet mondial de l’alimentation, la Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale12 a été adoptée. On y remet de l’avant l’importance de l’accès à suffisamment de nourriture et on définit le concept de sécurité alimentaire : « [Elle] existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. »13

Néanmoins, le problème persiste : ce sont de beaux principes qui sont difficilement applicables, notamment en raison des coûts importants qui y sont associés, mais surtout parce qu’ils ne sont pas contraignants à l’égard de tous les États. Effectivement, plusieurs pays en voie de développement ne sont pas signataires du Pacte14 ou de la Déclaration de Rome15 et ne sont donc pas tenus de s’y conformer, alors que la Déclaration universelle des droits de l’Homme16 n’a aucun pouvoir contraignant direct (sauf pour certains principes ayant acquis un statut coutumier).

Obligations du Soudan du Sud

Le Soudan du Sud, qui ne fait partie ni du Pacte17 ni de la Déclaration de Rome18, n’a donc pas l’obligation juridique de prendre des mesures nécessaires pour assurer un accès adéquat à la nourriture pour sa population19. Éthiquement, il apparaît pourtant évident que la suffisance en denrées alimentaires est primordiale, puisque le droit à la sécurité alimentaire est un catalyseur d’autres droits fondamentaux, comme le droit à la vie, à la sécurité et à la dignité. Pourtant, il est déplorable de constater que les droits fondamentaux, surtout en temps de crise, sont loin d’être respectés uniformément, le droit à la suffisance alimentaire n’étant qu’un exemple parmi d’autres! Les pistes de solutions sont par ailleurs nombreuses : gérer les conflits locaux, diminuer la corruption, améliorer les mécanismes de gouvernance, parmi d’autres20, mais la complexité du problème contribue à la difficulté qu’on éprouve à enrayer la faim dans le monde.

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Sources

1 FOOD AND AGRICULTURE ORGANIZATION OF THE UNITED NATIONS, « The future of food and agriculture – Trend and challenges », fao.org, en ligne : <http://www.fao.org/3/a-i6583e.pdf> (consulté le 12 avril 2017), page 80.

Id., page 80.

RADIO CANADA, « La faim comme arme de guerre au Soudan du Sud », Radio-Canada.ca, en ligne : <http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1025609/soudan-sud-conflit-famine-somalie-guerre-civile> (consulté le 12 avril 2017).

Id.

Id. et RADIO CANADA, « Le Soudan du Sud en proie à la famine », Radio-Canada.ca, en ligne : <http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1017950/famine-soudan-sud> (consulté le 12 avril 2017).

NATIONS UNIES, « États Membres », un.org, en ligne : <http://www.un.org/fr/member-states/index.html#gotoS> (consulté le 12 avril 2017).

NATIONS UNIES – COLLECTION DES TRAITÉS, « Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels », treaties.un.org, en ligne : <https://treaties.un.org/Pages/ViewDetails.aspx?src=TREATY&mtdsg_no=IV-3&chapter=4&lang=fr&clang=_fr> (consulté le 13 avril 2017).

Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, 16 décembre 1966, R.T. Can. nº 46, art. 12 (entré en vigueur au Canada le 19 août 1976) (ci-après Pacte).

Id., art. 11(1).

10 Id., art. 11(2).

11 Déclaration universelle des droits de l’homme, Rés. 217 A (III), Doc. N.U. A/810 (1948).

12 FAO, Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale, 1996, en ligne : <http://www.fao.org/docrep/003/w3613f/w3613f00.htm> (consulté le 13 avril 2017) (ci-après Déclaration de Rome).

13 Id., art. 1.

14 Pacte, préc., note 8.

15 Déclaration de Rome, préc., note 12.

16 Déclaration universelle des droits de l’homme, préc., note 11.

17 Pacte, préc., note 8

18 Déclaration de Rome, préc., note 12.

19 FAO, « Rapport du Sommet mondial et l’alimentation », fao.org, en ligne : <http://www.fao.org/docrep/003/w3548f/w3548f00.htm#annex4> (consulté le 13 avril 2017) et NATIONS UNIES – COLLECTION DES TRAITÉS, préc., note 7.

20 HUFFPOST QUÉBEC, « Crises humanitaires liées aux famines : quelles solutions », quebec.huffingtonpost.ca, en ligne : <http://quebec.huffingtonpost.ca/un-seul-monde/crises-humanitaires-solutions-famine_b_16678228.html> (consulté le 4 juin 2017).

Source image : https://www.flickr.com/photos/unicefethiopia/12496080865


Ce billet a été écrit par Mathilde Delorme