Une infusion de capital à saveur de succès pour David’s Tea

Au début de l’été dernier, la bannière montréalaise David’s Tea faisait son entrée au NASDAQ dans le cadre de son premier appel public à l’épargne. L’engouement pour le commerçant de thé s’est vite fait ressentir alors que la valeur de son action a fait un bond remarquable de 40 % en seulement quelques jours, témoignant ainsi de la confiance des investisseurs quant au plan d’expansion qui vise, à échéance, l’exploitation de quelque 550 établissements en sol nord-américain.1

Ce n’est plus un secret pour personne, l’industrie du thé est en pleine expansion en Amérique du Nord et le PDG de David’s Tea estime la croissance de cette industrie à près de 9 % par année.2 La Tea Association of The USA estime d’ailleurs que la présence des produits du thé dans les supermarchés ainsi que la variété des produits de consommation offerts ont connu une augmentation draconienne depuis 2012 et que cette tendance est loin de s’essouffler, surtout pour la catégorie des thés spécialisés, dont les clients de David’s Tea sont friands.3

La Tea Association of The USA estime d’ailleurs que la présence des produits du thé dans les supermarchés ainsi que la variété des produits de consommation offerts ont connu une augmentation draconienne depuis 2012 et que cette tendance est loin de s’essouffler

Bien que dans le cas de cette bannière, le premier appel public à l’épargne ait été fructueux, il est important de se rappeler que cet exercice, souvent un moment décisif dans le développement des sociétés qui s’y prêtent, comporte aussi son lot de risques.

Pour comprendre ces possibles aléas, il convient d’abord de bien saisir ce qu’est un premier appel public à l’épargne ou « PAPE ». Il s’agit d’une des façons pour une société de devenir publique en offrant ses actions à la Bourse.4 Évidemment, pour ce faire, la société doit remplir un certain nombre de critères imposés par les commissions des valeurs mobilières et par la Bourse à laquelle la société s’assujettit. Ces critères ont généralement comme objectifs la protection des investisseurs et la saine gestion du risque.5 Il est intéressant de noter qu’au Canada, quoique les lois et règlements sur les valeurs mobilières soient du ressort des provinces en raison de leur compétence constitutionnelle en matière de propriété et droits civils 6, il existe un certain consensus entre celles-ci concernant les principes généraux à appliquer, bien que certains organismes provinciaux comme l’AMF pour le Québec ou l’OSC pour l’Ontario établissent aussi des exigences qui leur sont propres.7

Il ne faut pas oublier que, malgré l’instantanéité du succès de David’s Tea à la suite de son entrée à la Bourse américaine, le premier appel public à l’épargne a généralement lieu suivant un long et fastidieux processus qui peut prendre une quinzaine de semaines ou plus.8 Au début de ce processus, il existe même un délai appelé « quiet period » au cours duquel la société est tenue de ne pas révéler certaines informations au public.9 À l’interne ou à l’aide de ses consultants, la société devra également préparer ses états financiers, peaufiner son image, réviser certains contrats avec des partenaires d’affaires, ainsi qu’opérer différents changements d’envergure en vue de cette importante transition. De plus, les règles de la bonne gouvernance imposent généralement la nomination d’une majorité d’administrateurs indépendants au conseil d’administration. Et c’est sans parler des vérifications diligentes exhaustives ou de la rédaction de prospectus, étapes centrales du processus!10

Alors qu’est-ce qui pousse une compagnie à tenter l’aventure?

Il s’agit tout simplement de l’opportunité séduisante d’acquérir des capitaux propres à des conditions souvent plus avantageuses que celles du financement auquel les entreprises ont accès lorsqu’elles sont des entités privées. Il s’agit aussi d’une voie d’accès intéressante pour un large éventail de marchés et de véhicules financiers. À cela, il faut ajouter la possibilité d’améliorer la faisabilité des fusions et acquisitions, d’augmenter la liquidité des actionnaires actuels, d’intéresser des dirigeants de qualité, etc.11 Une société qui décide d’opter pour un PAPE devra toutefois rester vigilante, car les risques sont également au rendez-vous. Notons, par exemple, la possibilité de litiges en cas d’erreurs dans le prospectus, la vulnérabilité vis-à-vis des fluctuations du marché boursier, le risque de perte de contrôle par les fondateurs de la société et les coûts parfois considérables qui accompagnent le PAPE, en plus du simple risque de pertes suivant celui-ci.12

À la lumière de ces informations, il fait toujours plaisir de constater qu’un fleuron de l’entreprenariat canadien comme David’s Tea réussit ce pari risqué. Espérons simplement que nous pourrons assister, au cours des prochaines années, à plusieurs succès similaires, une bonne tasse de thé à la main!

Sources:
1- Jean-Philippe DÉCARIE, « Infuser l’habitude du thé», (19 Septembre 2015) La Presse, en ligne: http://www.pressreader.com/canada/la-presse/20150919/282226599518350/TextView (consulté le 20 septembre 2015).
2- Id.
3- Peter F. GOGGI, «The State of the U.S. Tea Industry», (2015) Tea association of the U.S.A. Inc., en ligne: http://www.teausa.com/14654/state-of-the-industry (consulté le 20 septembre 2015).
4- Jean-Marc HUOT, « Premier appel public à l’épargne – L’entrée aux marchés publics », S.F.C.B.Q., Barreau du Québec, vol. 164, Développement récent sur les valeurs mobilières, Cowansville, Éditions Yvon Blais, 2002.
5- Id.
6- Loi constitutionnelle de 1867, 30 & 31 Vict., c. 3 (R.-U.), art. 92(13).
7- J-M HUOT, « Premier appel public à l’épargne – L’entrée aux marchés publics », préc. note 4.
8- Stikeman Elliott S.E.N.C.R.L., s.r.l., « Inscription en bourse au Canada – Enjeux et facteurs à prendre en considération concernant un premier appel public à l’épargne», (juillet 2014).
9- Sandra RUBIN, « Less than Quiet in the Quiet Period», (1er Mai 2012) Lexpert, en ligne: http://www.lexpert.ca/magazine/article/less-quiet-in-the-quiet-period-2200/ (consulté le 20 septembre 2015).
10- Stikeman Elliott S.E.N.C.R.L., s.r.l., « Inscription en bourse au Canada – Enjeux et facteurs à prendre en considération concernant un premier appel public à l’épargne », préc. note 8.
11- Curtis CUSINATO, « M&A Transaction or IPO: Why not pursue both? », (5 avril 2010) Canadian M&A Law.
12- Stikeman Elliott S.E.N.C.R.L., s.r.l., « Inscription en bourse au Canada – Enjeux et facteurs à prendre en considération concernant un premier appel public à l’épargne », préc. note 8.

Sources images:
https://www.pexels.com/photo/cup-mug-water-tea-3018/


Ce billet a été écrit par Vincent Caron